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Se verser (enfin) un vrai salaire de dirigeant

Se verser (enfin) un vrai salaire de dirigeant

Se verser (enfin) un vrai salaire de dirigeant

Un patron de TPE sur deux se paie moins que le SMIC. Ce que coûte vraiment le fait de ne pas se verser de salaire de dirigeant et comment fixer le bon montant.

Un patron de TPE sur deux se paie moins que le SMIC. Ce que coûte vraiment le fait de ne pas se verser de salaire de dirigeant et comment fixer le bon montant.

Des dirigeants lèvent la main dans une salle de séminaire Entrepreneurs.com

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Pendant six mois, Michael Joyeux n’a pas pu se verser de salaire.

À la tête de Bois & Design depuis dix-neuf ans, menuisier-ébéniste reconnu en Suisse romande, il avait pourtant des projets plein son carnet.

Le problème n’était pas le volume d’activité. C’était l’absence de pilotage de la marge.

Vous dirigez une entreprise qui tourne, vous êtes le dernier payé du mois, et vous avez fini par trouver cela normal. Ce n’est pas de la vertu. C’est une prise de risque personnelle que vous n’avez jamais chiffrée.

Le problème est plus répandu que vous ne le croyez

Un dirigeant de TPE sur deux sous le SMIC

Deux séries de chiffres suffisent à situer le sujet.

Selon l’INSEE, sur les données de fin 2022, le revenu médian d’un gérant majoritaire de société s’établit à 2 840 € par mois. Et 13,3 % d’entre eux déclarent un revenu nul ou déficitaire — le taux le plus élevé de toutes les catégories de dirigeants.

Le baromètre du Syndicat des Indépendants du deuxième trimestre 2026, mené fin juin auprès de 1 076 dirigeants adhérents, va plus loin. 52 % des dirigeants de TPE se versent moins que le SMIC. 16 % déclarent moins de 500 € par mois.

C’est une enquête déclarative auprès d’adhérents, donc non représentative au sens statistique. L’enquête CPME de janvier 2024 aboutissait d’ailleurs à un chiffre plus bas, un dirigeant sur cinq, sur un périmètre plus large. Retenez l’ordre de grandeur, pas le pourcentage.

Le point important n’est pas le chiffre.

C’est que la sous-rémunération du dirigeant est presque toujours présentée comme un choix responsable. « Je préfère laisser l’argent dans la boîte. »

Techniquement, c’est autre chose. C’est un transfert de risque de l’entreprise vers votre patrimoine et votre protection sociale.

Ce que « ne pas se payer » vous coûte réellement

Vos indemnités journalières tombent à zéro

Si vous êtes gérant majoritaire de SARL ou d’EURL, vos indemnités journalières se calculent sur 1/730e de votre revenu annuel moyen des trois dernières années. En dessous de 4 582 € de revenu annuel moyen, l’indemnité est de 0 €.

Vous continuez pourtant à payer vos cotisations minimales : environ 1 255 à 1 275 € par an selon votre statut, même à rémunération nulle.

Si vous êtes président de SAS ou de SASU, c’est plus brutal encore. Vos droits sont ouverts par les cotisations assises sur votre rémunération. Pas de rémunération, pas de cotisation.

Donc aucune indemnité journalière, aucune couverture invalidité, aucun trimestre de retraite. Le statut réputé protecteur de la SAS est une coquille vide sans salaire.

Votre retraite ne se construit pas

En 2026, valider un trimestre suppose 1 803 € de revenu brut soumis à cotisations. Quatre trimestres exigent donc 7 212 € sur l’année.

Un gérant majoritaire à rémunération nulle, qui ne paie que ses cotisations minimales, ne valide que trois trimestres. Il perd un trimestre par an, indéfiniment.

Vous perdez votre seul filet de sécurité

L’allocation des travailleurs indépendants verse entre 19,73 € et 26,30 € par jour, pendant 182 jours non renouvelables.

Parmi ses cinq conditions cumulatives figure celle-ci : avoir perçu au moins 10 000 € de revenus sur l’une des deux années précédentes.

Le dirigeant qui ne s’est pas versé de rémunération est purement et simplement inéligible.

Vous glissez vers le compte courant débiteur

C’est le piège mécanique, et le plus grave.

Le dirigeant qui ne se paie pas finit par prélever ponctuellement dans la trésorerie. Son compte courant d’associé devient débiteur.

Or l’article L223-21 du Code de commerce interdit, à peine de nullité, aux gérants et associés personnes physiques de SARL de se faire consentir un découvert en compte courant. Le régime est équivalent en SA (article L225-43) et en SAS.

Les conséquences sont fiscales, avec une requalification en revenus distribués. En cas de procédure collective, cette situation constitue un indice d’abus de biens sociaux.

Se payer un vrai salaire n’est donc pas un confort. C’est ce qui rend le prélèvement licite, traçable et protecteur.

Salaire ou dividendes : ce qui a changé en 2026

La flat tax n’est plus à 30 %

L’arbitrage classique a été rebattu par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

La CSG sur les revenus du capital est passée de 9,2 % à 10,6 %. Les prélèvements sociaux sur les revenus de placement montent donc de 17,2 % à 18,6 %, et le prélèvement forfaitaire unique de 30 % à 31,4 %.

Si vous lisez encore « 30 % » quelque part, la source n’est pas à jour. Y compris sur certaines pages publiques.


Président de SAS / SASU

Gérant majoritaire de SARL

Statut

Assimilé salarié

Travailleur non salarié

Chômage

Aucun droit

Aucun droit

Cotisations minimales sans rémunération

Aucune

~1 255 à 1 275 €/an

Dividendes

PFU 31,4 %

PFU 31,4 % sous le seuil, cotisations TNS au-delà

Réduction générale de cotisations

Exclu

Sans objet

Deux points que personne ne traite

Le seuil de 10 % du gérant majoritaire. Vos dividendes sont soumis aux cotisations TNS pour la fraction excédant 10 % du capital social, primes d’émission incluses, augmenté du solde moyen de votre compte courant.

Attention à la référence : cette règle ne figure plus à l’article L131-6, mais au II de l’article L136-3 du Code de la sécurité sociale. Concrètement, la stratégie « petit salaire, gros dividendes » a une limite arithmétique qui dépend de votre capital.

Le dirigeant de SAS est exclu de la RGDU. Depuis le 1er janvier 2026, la réduction générale de cotisations s’étend jusqu’à 3 SMIC pour les salariés. Mais elle ne vise que les rémunérations pour lesquelles l’employeur cotise à l’assurance chômage.

Les mandataires sociaux assimilés salariés sans contrat de travail en sont exclus. L’écart de coût entre votre rémunération et celle de vos salariés se creuse donc mécaniquement cette année.

Comment se verser un salaire en SAS ou en SARL

Commencez par le plancher, pas par le plafond

L’erreur classique consiste à se demander « combien puis-je me verser ? ».

La bonne question est : quel est le montant en dessous duquel je fragilise l’entreprise et moi-même ?

Trois seuils à ne jamais franchir vers le bas :

  • 7 212 € par an pour valider vos quatre trimestres de retraite.

  • 4 582 € de revenu annuel moyen pour ouvrir un droit à indemnités journalières en TNS.

  • 10 000 € sur une année pour rester éligible à l’ATI.

Le plus contraignant des trois est votre plancher absolu. En dessous, vous ne faites pas d’économie. Vous achetez du risque.

Ajoutez-y votre plancher de vie : le net qui couvre vos charges personnelles fixes, sans arbitrage mensuel et sans prélèvement d’appoint dans la trésorerie. C’est ce chiffre qui rend le compte courant débiteur inutile.

Calculez ce que coûterait votre remplacement

Si vous deviez recruter demain un directeur général pour faire ce que vous faites, combien le paieriez-vous ?

Ce montant est votre référence de marché. L’écart entre ce chiffre et ce que vous vous versez aujourd’hui est le subventionnement personnel que vous accordez à votre entreprise.

Il peut être assumé en phase d’amorçage. Il ne peut pas être structurel. Sinon la rentabilité affichée de votre société est fictive : elle repose sur un coût salarial dirigeant artificiellement nul.

Symétriquement, la rémunération doit correspondre à un travail effectif et ne pas être excessive au regard du service rendu. C’est l’article 39-1-1° du CGI, précisé par la doctrine BOI-IS-BASE-30-20-10.

L’administration apprécie vos responsabilités effectives, la capacité financière de l’entreprise et les pratiques de marché.

Une rémunération jugée excessive est réintégrée au résultat imposable de la société et requalifiée en revenus distribués chez vous. Double sanction.

Entre le plancher et ce plafond, vous avez une fourchette. La décision se prend là, pas au doigt mouillé. Pour chiffrer le coût réel d’un montant donné, passez par le simulateur officiel de l’URSSAF plutôt que par un ratio approximatif.

Faites de votre salaire une charge fixe, pas une variable d’ajustement

L’objection est légitime : « l’entreprise ne peut pas encore ».

C’est presque toujours le même diagnostic. Quand une entreprise en activité ne peut pas payer son dirigeant, le sujet n’est pas la rémunération. C’est le prix de vente, la marge, le délai de recouvrement ou la structure de coûts.

Michael Joyeux l’a vérifié. Ce n’est pas en travaillant plus qu’il a sécurisé son salaire, mais en installant des outils de suivi de chantier et de marge, et en sortant progressivement de l’opérationnel.

Se verser un salaire est alors moins un objectif qu’un indicateur. Le jour où c’est possible sans tension de trésorerie, votre modèle économique tient debout. Tant que ce n’est pas possible, il ne tient debout que grâce à vous — et vous n’êtes pas une ressource renouvelable.

Une règle simple pour sortir de l’impasse : inscrivez votre rémunération cible dans votre prévisionnel comme une charge fixe non négociable, au même titre qu’un loyer. Puis construisez le chiffre d’affaires et la marge nécessaires pour l’absorber.

C’est l’inverse de la pratique courante, qui traite le dirigeant comme la variable d’ajustement de fin de mois.

Alors posez-vous la question : depuis combien de mois votre salaire est-il la ligne que vous ajustez en dernier ? Si la réponse dépasse un trimestre, ce n’est pas votre rémunération qu’il faut revoir. C’est votre modèle.

Entrepreneurs.com aide les dirigeants à reconstruire leur marge pour que la rémunération du dirigeant redevienne une évidence comptable, et non un arbitrage mensuel.

Cet article présente les règles générales en vigueur au 1er août 2026. Il ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé : faites valider votre arbitrage par votre expert-comptable.

Sources

  • INSEE, Dirigeants d’entreprises — emploi et revenus des indépendants, données 2022, mai 2025

  • Baromètre SDI (Syndicat des Indépendants et des TPE), T2 2026, publié le 6 juillet 2026 (1 076 répondants)

  • Enquête de conjoncture CPME, janvier 2024 (1 331 dirigeants)

  • Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026

  • Code de la sécurité sociale, art. L136-3 II (version en vigueur depuis le 28 février 2025) et L136-8

  • Code de commerce, art. L223-21 et L225-43

  • CGI art. 39-1-1° et BOFiP BOI-IS-BASE-30-20-10

  • Service-public Entreprendre : cotisations SAS et SARL, fiscalité des dividendes, RGDU

  • Bpifrance Création, cotisations minimales des travailleurs indépendants 2026

  • Ameli (IJ des artisans-commerçants) ; France Travail et Unédic (ATI)

  • Arrêté du 22 décembre 2025 (PASS 2026 : 48 060 €)

  • Étude de cas Entrepreneurs.com : Michael Joyeux (Bois & Design)

À propos de l'auteur

Alec Henry

CEO & Fondateur

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